Place au soleil – J-F Pecresse – Les Echos

Ce domaine, laissé en déshérence depuis une vingtaine d’années, s’est d’emblée hissé au niveau des grands crus de saint-émilion – une place au soleil confirmée en 2011, dégusté en primeur. Tout juste en bouteille, le 2010 offre une expression soyeuse et saline du merlot cultivé en enracinement profond sur les sols argilo-calcaires de Puisseguin Saint-Emilion.

 

C’est une vieille superstition qui montre que nos grand-mères, souvent aussi pragmatiques que bigotes, savaient s’assurer, à peu de frais, contre les risques naturels : porter des oeufs aux clarisses était censé éloigner la pluie les jours de grand événement, de mariage notamment. Aujourd’hui, après un long mois froid de printemps passé à se lamenter sur la pluie tombée qui a inondé les champs et retardé les cultures, pourquoi ne pas tenter, comme au bon vieux temps, de circonvenir aimablement sainte Claire, elle dont les petites soeurs ont fait voeu de renoncer à la viande mais pas aux oeufs ? A l’instant précis d’écrire ces lignes, par une curieuse coïncidence dont la providence a le secret, une dépêche AFP nous apprend que le prix des oeufs a plus que doublé en France en un an (voilà qui est dû, semble-t-il, à la taille des cages à poules…). Une telle flambée de la prime d’assurance ferait une bonne raison de renoncer, mais, fort heureusement, les clarisses charitables se contentent de peu, pour autant que l’offrande n’arrive pas sous forme d’omelette, comme c’est toujours le cas quand les généreux donateurs s’en remettent aux voies postales.

C’est donc, sans le vouloir, sous fort bonne protection que Didier et Olivia Le Calvez placèrent leur domaine viticole de Puisseguin lorsqu’ils le baptisèrent, en 2010, juste après en avoir fait l’acquisition, du prénom de leur fille unique. Le château Clarisse pouvait-il, d’ailleurs, naître autrement que sous de bonnes étoiles, lui le fruit de la passion d’un couple de professionnels de l’hôtellerie de luxe ? A la ville de Paris, Didier dirige un prestigieux établissement […]. A l’île de Ré, Olivia administre un Relais & Châteaux, l’hôtel de Toiras, et la Villa Clarisse. A la vigne, pas plus grande qu’une une poignée d’hectares, ni l’un ni l’autre ne mènent la vie de palace. Plus un week-end à eux : l’ambition d’Olivia et de Didier Le Calvez n’attend pas. Et, dès le premier millésime, le 2010, le terroir et le travail ont parlé. Ce domaine, laissé en déshérence depuis une vingtaine d’années, s’est d’emblée hissé au niveau des grands crus de saint-émilion – une place au soleil confirmée en 2011, dégusté en primeur. Tout juste en bouteille, le 2010 offre une expression soyeuse et saline du merlot cultivé en enracinement profond sur les sols argilo-calcaires de Puisseguin Saint-Emilion.

 

JEAN-FRANCIS PÉCRESSE – 04.05.2012