CHÂTEAU CLARISSE LE CRU DU COEUR par Périco LEGASSE

Marianne_avr2014_okIl y a deux façons d’aimer le vin, en recherchant celui qui vous raconte la plus belle histoire, celle de son appellation d’origine, ou en la récrivant avec lui. Epouse d’un patron de palace réputé, fondatrice d’un hôtel de charme, esthète du beau et passionnée de bon, Olivia Le Calvez s’engage en 2009 dans la plus fascinante des aventures, celle de constituer un vignoble. Aidée par Stéphane Derenoncourt, éminent œnologue bordelais, elle lance son défi à Puisseguin, sur les bords de la Dordogne, tout près de Saint-Emilion. Il lui faudra d’abord tout comprendre, tout apprendre, tout écouter et tout observer, selon les précieux rituels de la sagesse vigneronne girondine, malmenée depuis vingt ans par les stylistes de la grappe, les sculpteurs de tanin et les plasticiens du jus qui font le vin à leur image, pour parvenir à restituer dans le flacon et l’âme du paysage et l’esprit de l’endroit.

DROIT ET PLEIN D’ELEGANCE

Après des vendanges sans concession – la vigne n’est pas une pédago laxiste – naissait le bébé tant espéré, château-clarisse 2010. Baptisé comme leur enfant, le vin donna aussitôt la plus belle des joies, celle d’un sourire gorgé de fruit et de fraîcheur que l’on partage à la cantonade autour d’un mets de la saison. Toujours plus à l’affût de l’éthique que de l’étiquette, Le Calvez et Derenoncourt ont voulu préciser les nuances qui distinguent le puisseguin-saint-emilion de ses voisins Lussac, montagne et Saint-Georges, à savoir un corps et une structure marqués par des sols argilo-calcaires peu profonds reposant sur un socle minéral.
Au final, un vin droit, grand, ferme et plein d’élégance, un peu comme l’époux de la reine. Du vrai bordeaux, comme on en boit avec délectation chez ceux qui, joignant la soif à la gourmandise, aiment à pousser le cru du cœur.

Périco Légasse
Marianne / 4 au 10 avril 2014