Millésime 2012

LE CYCLE VÉGÉTATIF

Le printemps frais et humide provoque un débourrement assez tardif. Jusqu’en juillet, la pluie et l’humidité de l’air restent constantes. Ces conditions nous poussent à conserver intégralement les céréales semées à l’automne 2011. Elles permettent de limiter l’érosion des sols, de garantir la portance nécessaire au passage des outils, de concurrencer la vigne pour éviter les excès de vigueur. Le travail racinaire est très bénéfique au printemps où leur pousse est accrue. Seules les parties très faibles du vignoble, et qui ont besoin d’être stimulées (pointe du plateau par exemple), sont labourées dès le printemps. Le gel frappe les cabernets francs et les parties basses du domaine proches du bois. La récolte s’annonce déjà limitée en volume sur ces zones qui prennent du retard dans le cycle et seront ramassées en conséquence.

Les ébourgeonnages corrigent les excès de pousse et de charge, et sont réalisés assez rapidement. Les levages demandent beaucoup d’efforts cette année où la vigne ne cesse de pousser.
Paradoxalement, ce printemps excessivement pluvieux intervient après deux années de sécheresse et permet aux sols de reconstituer une partie des réserves lourdement déficitaires jusqu’alors. En même temps, c’est un coup de pousse qui arrange bien Clarisse dont le plateau souffrait d’un sérieux manque de vigueur. L’eau en abondance conjuguée aux apports de compost antérieurs et aux travaux de sols nous permet dès 2012 de retrouver de beaux bois et un meilleur équilibre de la vigueur. C’est la garantie de pouvoir tailler un peu plus long en 2013, et pour la plante d’améliorer les mises en réserve dans les racines ainsi que sa résistance aux stress hydrique à venir.

L’été s’installe après une floraison un peu difficile, marquée par une coulure importante mais raisonnable. La floraison s’étale sur 15 à 20 jours. C’est autant d’hétérogénéité d’une grappe à l’autre du point de vue de la maturité. Dès lors, nous prenons la décision de n’intervenir en vert que sur la présentation de récolte dans un premier temps, en jouant sur la ventilation (effeuillage et suppression des entassements de récolte). Nous attendrons la fin de la véraison pour supprimer toutes les grappes en retard. C’est le seul moyen d’obtenir une récolte à la maturité homogène. Il faudra passer et repasser dans les vignes jusqu’à la fin du mois d’août pour supprimer les grappes qui auront fleuri en retard.
Le terroir de Clarisse est plutôt froid. Les argiles conservent l’eau et confèrent des maturités tardives. Les pluies de la mi-septembre nous laissent craindre le botrytis, mais les travaux de présentation de récolte, d’entretien des sols et d’effeuillage ne permettent pas son installation. Les peaux sont épaisses, la maturité est longue, c’est un millésime d’automne, il faut vendanger tard.

Avec l’arrivée des nouvelles parcelles, c’est un véritable patchwork de terroirs qu’il nous faut assembler en cave. Les profils de raisins seront assemblés en fonction de leur type de sol, ils réagiront différemment pendant les fermentations, nous pourrons ajuster les extractions au mieux, et exploiter le meilleur de chacun d’eux. Trois grands profils se distinguent :

PROFILS DES VINS SELON LES TYPES DE SOLS

ARGILEUX PROFOND AVEC UNE PART PLUS AU MOINS IMPORTANTE DE LIMONS

Des vins aromatiques, larges et puissants, sans grande finesse de tanin serviront le corps du vin pour lui donner de l’attaque, du volume et une bonne densité. Les maturités doivent être poussées au maximum pour éviter les tanins rustiques et anguleux. L’extraction doit être plus légère pour s’affranchir des pépins qui ne sont pas forcément mûrs et pourraient fournir de mauvais tanins. Ces merlots seront ramassés en dernier.

Elevage : En barriques de la forêt de Jupille (forêt de Bercé dans le Nord-Ouest de la France). Pour leur apport sur l’attaque, le soyeux de la bouche. Des barriques plus crémeuses pour ne pas écraser le fruit et jouer sur un caractère très « gourmand ».

ARGILEUX SUR SOCLE CALCAIRE DUR DE PLATEAU

Ces sols moins profonds se réchauffent et mûrissent plus vite. C’est la partie la plus érodée du vignoble. Les argiles sont à peu près les mêmes, sans le limon, et leur profondeur moins importante accélère la maturité. Les racines n’explorent pas ou peu le calcaire. Les raisins y sont très concentrés. Les vins denses et serrés, aux arômes de fruits très mûrs et d’épices. Les milieux de bouche sont centrés et affichent puissance et longueur de bouche. Les extractions peuvent être poussées.

Elevage : En barriques de la forêt de Tronçais (région de l’Allier dans le centre de la France). Des barriques aux grains fins très structurantes pour resserrer et prolonger les milieux de bouche. Accompagner une bouche dense construite sur la puissance.

ARGILO-CALCAIRE SUR CALCAIRE TENDRE A ASTERIES

Les Vieilles Vignes, le haut du plateau. La maturité des terroirs précédents dans un registre beaucoup plus élégant et fin. Inutile d’intensifier les extractions pour rendre les vins démonstratifs, il faut ajuster l’équilibre pour révéler la finesse de ce tanin calcaire. Les arômes sont floraux, épicés dans un registre frais. Les vins sont acides, dynamiques, construits sur la longueur plutôt que sur leur volume de bouche. Les finales sont crayeuses et révèlent un tanin soyeux et tendre.

Elevage : En barriques aux chauffes les plus faibles possibles. Proscrire l’apport aromatique du fût pour surtout révéler la complexité et l’élégance transmise par les sols. Structurer le vin par des bois fins, structurants (Taransaud – Ana Selection – Atelier Centre France) aux chauffes moyennes à faibles mais qui prolongent les vins sans en écraser le caractère.