Millésime 2011

LES FICHES TECHNIQUES :

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Château Clarisse

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Clarisse Vieilles Vignes

LE JOURNAL DE BORD :

Avril

Le soleil s’installe dès les premiers jours du mois provoquant un débourrement explosif. D’une homogénéité rare, les jeunes branches poussent à vue d’œil et le paysage se pare d’un vert chatoyant. Le printemps est là. Les travaux d’ébourgeonnage, de sélection des jeunes pousses, ainsi que la protection phytosanitaire, sont prioritaires, alors que la chaleur s’installe, les sols s’assèchent, durcissent et rendent très compliqués les travaux mécaniques de labour ou de griffage. L’avance de la végétation est considérable; on prend des paris sur l’apparition des premières fleurs, qu’on observera dès les premiers jours de mai. La moyenne des températures s’élève au-dessus de 16 degrés, ce qu’on trouve habituellement en fin mai. Avec 300 heures d’ensoleillement, c’est un mois d’avril exceptionnel que l’on n’a pas observé depuis 1982.

 Mai

Après une floraison homogène et groupée, les belles promesses de récolte sont quasi générales. Le soleil reste solidement installé alors que les orages sont constamment repoussés. La sécheresse commence à se faire sentir. Peu à peu, les feuilles durcissent et prennent des teintes plus ternes. L’herbe des sols, qui souvent n’ont pu être travaillés, ressemble à la fenaison de juillet. C’est l’été avant l’heure !

 Juin

Cela fait maintenant sept mois que le niveau des pluies se situe en deçà des normales saisonnières. Par chance, il ne fait pas trop chaud et les nuits sont fraîches. Les orages sont trop timides et ne laissent au total qu’une vingtaine de millimètres d’eau pour le mois. A peine de quoi humecter la poussière ! Le vignoble est très hétérogène. Les sols filtrants, graveleux ou sableux, sont dans

la souffrance. Leur pousse est faible, le port des feuilles par les branches manque d’allure, de fierté presque. La faible pousse laisse aussi apparaître un déficit foliaire. Non à cause de grappes pléthoriques, mais par manque de feuilles. Du jamais vu ! Les 26 et 27 juin signifieront l’apothéose de la vague de chaleur, avec des températures avoisinant les 40 degrés.

Juillet

Durant les premiers jours du mois, nous visitons chaque vignoble afin de prendre conscience des dégâts après les deux journées caniculaires. La situation est parfois dramatique. Les défoliations, encore fraîches, donnent un spectacle de désolation. Certains ceps ont perdu toutes leurs feuilles. La face exposée de la grappe laisse apparaître des raisins séchés. Les petits grains, encore tendres, n’ont pas pu résister. Certains jeunes plants semblent morts. Les vignes avec une couverture en soufre contre l’oïdium sont les plus touchées, ainsi que celles installées sur des sols légers, sableux ou graveleux. La déprime est à son comble. Les vignes qui se portent le mieux sont celles des sols lourds, argileux. On se demande à ce moment-là si 2011 ne sera pas le millésime des terroirs qualitativement moindres. Mais le temps change radicalement et le mois de juillet devient le mois le plus frais de ces trente dernières années. La pluie revient aussi. Il pleuvra chaque jour du 16 au 26, laissant le souvenir d’un juillet maussade, triste et sans lumière. La vigne en profite pour se refaire une santé. Elle cicatrise, elle pousse de nouveau et les raisins gonflent. Grâce à l’avance de cycle occasionné par la sécheresse du printemps, la véraison est homogène et groupée. La vigne semble se reconnecter avec les messages du ciel.

 Août

Avec une douzaine de jours pluvieux, on peut considérer ce mois d’août comme arrosé, mais assez chaud. En deuxième partie de mois, la fraîcheur s’installe peu à peu avec des nuits fraîches. Cela sent l’automne. La maturation est régulière et lente, on a besoin des feuilles et on craint le mildiou mosaïque. Dans le vignoble, la situation, en regard du printemps, est inversée. Les 100 millimètres d’eau ont dilué les baies et les vignes de sols argileux, si résistantes à la sécheresse printanière, commencent à subir les attaques de botrytis. Celles au contraire, issues de sols légers, ou d’argiles fines, ont repris belle allure et semblent vouloir mener la récolte (ce qu’il en reste) au bout du cycle.

 Septembre

La première quinzaine de septembre est estivale, avec des nuits assez chaudes. Cela ne fait pas l’affaire des vignes touchées par le botrytis, qui évolue alors dans de bonnes conditions. De plus, les sols sont chargés d’humidité et la situation est très contrastée. Il faut cartographier chaque domaine afin d’y connaître les fragilités et les atouts. Évacuer le stress et prévoir un ramassage adapté, intelligent, tant dans la gestion des dates de vendange que dans la manière de vinifier ces différentes identités. Les blancs seront rentrés au 15 septembre alors que commence la vendange des merlots précoces.

2011 restera dans les mémoires comme un millésime compliqué. Il fallait avoir un peu d’argile pour passer le printemps mais pas trop pour passer l’automne. Un millésime qui récompense ceux qui ont depuis longtemps une bonne gestion de leur sol et des enracinements de qualité, profonds. La prophylaxie était parfois plus importante que la charge, qui, elle, devait être adaptée au cycle et à la qualité du feuillage. Les caves devaient être bien équipées en matériel de tri, face à une vendange qui pouvait présenter des grains secs, des grains flétris et/ou des grains pourris. Face à ce millésime, le vinificateur avait aussi à étalonner la fragilité de ses raisins afin d’adapter ses vinifications en terme d’extraction.

Stéphane Derenoncourt

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