Journal du Millésime 2017

L’hiver 2016/17 est marqué par une sécheresse historique. Il faut attendre février pour que les pluies reviennent. Si décembre et janvier furent froids et secs, la douceur et l’humidité de février/mars ne permettent pas de rattraper le manque de pluviométrie. Le millésime commence donc avec des sols secs, facilement réchauffés par les premiers rayons de soleil du printemps, ce qui entraîne un débourrage précoce.

Avril
La première quinzaine est très ensoleillée. Les bourgeons éclosent dans les derniers jours de mars. Avec des sols secs et chauds, la vigne pousse à toute vitesse et il n’y a pas de pluie. On constate déjà des pousses de 10 cm avec, parfois, une dizaine de feuilles étalées. Les petites mannes laissent espérer une jolie récolte, homogène et relativement précoce. Dès le 16, le temps se refroidit radicalement, les nuits sont glaciales. Dans la nuit du 20 avril, le gel frappe une première fois le vignoble puis, au petit matin du 28, les températures dégringolent de nouveau pour atteindre parfois jusqu’à – 6 degrés. Le bilan est terrible, c’est la désolation. 60% du vignoble est touché. La Rive Droite est la plus affectée. Les Grands Crus du Médoc ont bénéficié de l’effet protecteur de l’estuaire de la Gironde. Pendant quinze jours environ, les vignes touchées et meurtries semblent endormies à jamais.

Mai
Hormis quelques épisodes orageux, c’est la chaleur et la sécheresse qui caractérisent ce mois de mai. À la fin de la première quinzaine, les vignes gelées repartent sur des bourgeons de seconde génération. Les vignes non gelées continuent leur pousse et ouvrent leurs premières fleurs dès la fin de mois. Les vignes touchées poussent de manière anarchique, buissonneuses, et demandent un travail précis d’ébourgeonnage afin de garder des bois de belle forme et en bonne santé pour assurer la pérennité du cep et la taille de l’hiver à suivre. La complexité de la situation est la plus marquée dans les vignes partiellement gelées. A cette époque, on peut croire, grâce à la précocité du millésime, pouvoir emmener à terme les deux générations de grappes avec une maturité convenable. Il faut passer en revue l’intégralité du vignoble, cep par cep, bois par bois, afin d’organiser la pousse et entretenir une bonne prophylaxie. Pour le choix de la seconde génération des grappes, on pourra voir plus tard. Des marquages précis sont réalisés dans les parcelles partiellement touchées, surtout dans les vignobles de côte où le froid, glissant, n’a emporté que les grappes du bas des parcelles.

Juin
Le mois est estival ; on semble installés au cœur de l’été. Les températures sont parfois caniculaires mais les orages sont fréquents, évitant ainsi les problèmes de stress hydrique. La croissance de la vigne est très rapide et nécessite beaucoup de main-d’œuvre pour entretenir les palissages. La floraison est groupée et rapide. En fin de mois, alors que le stade de nouaison est atteint sur les grappes de seconde génération, les grappes de première génération sont déjà fermées. Les écarts se resserrent donc et les optimistes misent sur ces grappes de seconde génération avec des objectifs qualitatifs ambitieux. Sur le plan phytosanitaire, il y a bien longtemps qu’on n’avait connu une campagne aussi calme. L’état du vignoble est très beau, très sain ; seules quelques zones connaissent un peu de pression de mildiou.

Juillet
Dès les premiers jours, l’été semble s’éloigner. Quelques journées chaudes et surtout des nuits douces contribuent toutefois à donner une moyenne de température plutôt correcte. Le manque de lumière et de soleil se fait ressentir. Les pluies orageuses de juin ont suffisamment remonté le taux d’humidité des sols, empêchant un arrêt végétatif net. La vigne a alors besoin de deux bonnes semaines pour achever sa véraison, la mi-véraison ayant été atteinte vers le 30. C’est finalement un mois plus propice aux grappes de seconde génération, qui se retrouvent fin juillet au stade de fermeture.

Août
Le soleil revient très fort durant les premiers jours d’août, mais la fraîcheur reprend le dessus dès le 5, et il faut attendre le 20 août pour retrouver des températures estivales. Par chance, le mois est sec et la contrainte hydrique arrive enfin, provoquant l’arrêt végétatif. On se trouve alors en fin de véraison, c’est un peu tard et on sait déjà que la puissance ne sera pas au rendez-vous dans ce millésime. « Août fait le moût » dit le langage populaire. Le grand millésime ne sera sans doute pas au rendez-vous. Un gros travail continue d’être fait dans les vignes en raison des grappes gelées. Les plus sérieux profitent de cette période pour couper les grappes dans les parcelles partiellement gelées. Elles sont faciles à reconnaître : les premières générations sont noires alors que celles provenant de la seconde restent vertes. La fin du mois renoue avec l’été et se traduit par le retour de fortes chaleurs.

Septembre
Dès les premiers jours de septembre, on assiste à un changement de temps brutal qui durera jusqu’à la moitié du mois. Il pleut légèrement et souvent, le ciel est gris. L’inquiétude monte dans cette région si souvent sauvée par les étés indiens. La deuxième partie de mois est plus clémente et l’état sanitaire des raisins demeure excellent. Il sera possible alors de mener des vendanges à pleine maturité, d’aller chercher une concentration après les cumuls de pluie qui avoisinent les 30mm depuis le début du mois, occasionnant de la fraîcheur mais aussi parfois une certaine dilution, surtout dans les sols peu argileux. Les raisins se goûtent bien, peut-être trop bien même ! Le manque de soleil estival engendre des niveaux très élevés d’acide malique et les peaux sont épaisses et facilement extractibles. Il est possible d’interpréter cela comme un phénomène de puissance et de fraîcheur, l’acidité jouant alors le rôle d’un sel relevant l’intensité aromatique, mais masquant sans doute une légère fragilité. Le choix des vinifications idoines passe par une compréhension subtile du millésime et, selon les choix opérés, ceux-ci impacteront fortement le style des vins. Il est clair que la fraîcheur de ce millésime ôte aux raisins tout caractère exotique et comme, par ailleurs, les conditions météo de la deuxième partie du mois de septembre ont permis des maturités optimales, on se trouve en face à des raisins très identitaires qui reflètent leur lieu de production.

Stéphane Derenoncourt